Deux volontaires de solidarité internationale témoignent de leurs expériences à Madagascar !

Charlotte Gaignard et Olga Bautista Cosa, VSI pour ManaoDE et Ecpat France

Un article de Laure Machon, chargée de mission VSI


Charlotte et Olga ont effectué une mission de volontariat de solidarité internationale à Madagascar. Elles se sont retrouvées en session d’accompagnement au retour à La Guilde en novembre dernier. L’occasion de revenir sur leurs missions et de croiser les expériences.

Quel est votre premier bilan à chaud et pourquoi avoir choisi Madagascar ?  

CHARLOTTE : « Ma mission était superbe, j’ai eu une chance inespérée de vivre cette aventure. A 22 ans, j’ai eu un poste de coordinatrice de projet. Cette mission m’a permis d’évoluer tant humainement que professionnellement. J’ai développé des compétences professionnelles sur le terrain, telles que les procédures de certification agricole et leurs mises en place, le montage de projet et de dossiers de demande de financement ou encore la coordination de la mise en œuvre de projets (communication, ressources humaines, financier, management, administratif, formation, mission terrain…). D’un point de vue personnel, j’ai retrouvé à Madagascar la chaleur humaine et la solidarité qui me manquaient depuis que j’ai quitté ma terre natale : la Côte d’Ivoire.

J’ai choisi l’association ManaoDE, avant de choisir Madagascar. Mon compagnon avait effectué son stage de fin d’étude avec l’association, l’année suivante, un poste d’envoi sur le terrain lui est proposé. Il a refusé au vu de nos deux situations d’embauches en CDI. Deux ans plus tard, ManaoDE nous a recontacté pour deux postes de coordination sur place, cette fois nous avons pris l’avion avec notre chien en soute.»

OLGA : «Ma mission a eu des aspects positifs et négatifs. D´un côté cette expérience m´a permis d´assumer des responsabilités de gestion et direction d´une ONG ainsi que de concevoir des projets qui ont obtenu une double reconnaissance (obtention d´un financement de l’AFD et d´ONU Femmes). D´un autre côté, il s´agit d´une mission où la solitude a été très présente pendant mes deux années.

Madagascar m´a choisie avant même que je puisse le choisir. En 2014, en recherche d´emploi en Espagne, j´ai eu l´opportunité de partir travailler pour l´ONG Agua de Coco à Tuléar. Cela m´a permis d´obtenir le poste de Directrice d´ECPAT en 2015. »

ManaoDE et Ecpat France, les associations avec lesquelles vous avez effectuées vos missions sont partenaires sur certains projets, quels sont leurs objets et actions respectives ?

CHARLOTTE : «  ManaoDE a deux pôles d’intervention sur Madagascar. Le premier, depuis 1998, sur la capitale, est un centre d’accueil de jour et de nuit pour les enfants des rues, où l’équipe locale sur place assure l’éducation, la sécurité, la scolarisation, la santé et l’épanouissement des enfants. Ce premier pôle a pour objet la promotion et l’aide à l’application de la Convention Internationale des Droits de l’Enfants. Au regard du succès de l’action, la Région Rhône Alpes (RRA) a sollicité ManaoDE en 2006 pour participer au programme de coopération décentralisé entre la RRA et la Région Antsiranana pour la création et le développement de marchés solidaires. C’est sur ce second pôle d’action, sur Tamatave, que je suis intervenue. C’est donc le centre d’accueil qui est partenaire avec Ecpat notamment sur des évènements communs, de la prévention et des échanges. »

OLGA : « ECPAT France Madagascar est une ONG de droit français qui a ouvert ses bureaux à Antananarivo en 2012. Acteur spécialiste dans la lutte contre l´exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales (ESEC), ECPAT développe des projets de prévention, de prise en charge et de répression des cas d´ESE, financés par des bailleurs comme l’AFD, l’Ambassade d´Australie ou Onu Femmes, dans les villes de Antananarivo, Fianarantsoa, Tuléar, Nosy Be et Diégo Suarez. Dans le cadre des actions de prise en charge des filles et garçons victimes, ECPAT a mis en place un partenariat avec le centre d´accueil de l´association ManaoDE. »

Quel était l’objet de vos missions respectives? Vous étiez vous rencontrées sur place ?

CHARLOTTE : « Je ne connaissais pas du tout Olga avant la session de retour sur Paris, pourtant nous avons constaté avoir des connaissances communes. Au cours de ma mission j’ai accompagné les producteurs en demande, à développer leurs activités agricoles pour qu’elles deviennent des activités génératrices de revenus durables. L’objectif étant d’assurer un meilleur niveau de vie aux producteurs et leur famille, améliorer leurs conditions de vie, assurer la scolarisation et l’éducation des enfants. L’économie est utilisée comme moyen de développement social. »

OLGA : « Tout au long de ma mission, je n´ai pas eu l´opportunité de rencontrer Charlotte. Effectivement, ma mission été basée à Antananarivo et je n´ai jamais travaillé à Tamatave. Ma mission d´une durée de deux ans avait pour principal objectif de diriger des bureaux d´ECPAT France à Madagascar. Cela impliquait des actions de représentation, coordination, gestion, management, suivi des actions et des employés.ées de l´association. »

Avez-vous identifié des satisfactions et difficultés communes dans vos deux missions à l’occasion de cette session retour ?  

 CHARLOTTE : « La solidarité, la chaleur humaine, les sourires, le partage ont été autant de satisfactions qui ont rendu ma mission très agréable au quotidien. L’inter-culturalité est très compliquée à appréhender, et ce malgré mon expérience de vie en Côte d’Ivoire. Beaucoup de non-dits, de quiproquos, de mauvaises interprétations ou d’erreurs culturelles créent parfois des situations compliquées à dénouer. »

OLGA : «  Concernant les actions réalisées de façon conjointe entre ECPAT et ManaoDE, étant donné que nous n´avons pas eu l´occasion de travailler de façon conjointe, nous n´avons pas eu des points communs à ce sujet avec Charlotte. Nous avons vécu dans le même pays mais les expériences de chacune ont été différentes, selon nos missions et nos vécus personnels. Les satisfactions sont en lien avec certains succès de ma mission et la possibilité de connaitre ce pays majestueux. Du côté des difficultés, je rejoins Charlotte en ce qui concerne l´interculturalité. Le manque de codes pour pouvoir rentrer en relation et la distance culturelle entre Madagascar et l´Espagne ont rendu difficile une compréhension profonde de la réalité malgache. Cela a parfois mis en avant un sentiment d´isolement, de vivre entourés d’expatriés, ce qui est assez éloigné de ma vision du vivre ensemble et de mon envie de m´investir dans la communauté. »

Depuis combien de temps êtes-vous rentrées ? Comment s’est passé votre retour sur le plan professionnel et personnel ?

OLGA : «  Je suis rentrée en octobre 2017. J’avais planifié mon retour, il est donc simple et agréable. Cela me permet de me poser et réfléchir calmement sur mon expérience pour me projeter sur les prochains mois. »

CHARLOTTE : « Je suis rentrée le 23 novembre 2017. Je n’ai pas eu le temps de me poser comme je le souhaitais car dès la première semaine j’ai commencé les démarches administratives de retour (sécu, pôle emploi, session de retour…) et un ami m’a appelé rapidement pour me proposer un poste dans sa société. J’ai d’abord refusé pour me reposer et j’ai finalement accepté ce poste pour 3 mois. Après cet emploi je prendrai le temps de réfléchir à mon projet professionnel. Concernant le plan personnel, je suis très contente d’être rentrée, il s’agissait d’un choix de ne pas renouveler encore 3 ans comme le souhaitait ManaoDE. J’avais besoin de rentrer auprès de mes proches, de faire le point avant de poursuivre une expérience à l’international. En effet, travailler et vivre dans un pays étranger, d’une culture très différente peut être compliqué au quotidien. Loin de la famille et des amis, certaines périodes sont plus difficiles à gérer émotionnellement (fête, anniversaire, naissance, mariage ou décès). Aujourd’hui néanmoins, j’ai encore des points d’attache très importants à Madagascar et je me pose encore la question : est-ce que j’y retourne ?»

Des conseils pour les volontaires qui se préparent à partir ?

CHARLOTTE : « Rester humble, ne partez pas en conquérant, adaptez-vous, soyez à l’écoute de la population et de leurs besoins réels. Ne portez pas de jugements, ils ont beaucoup à vous apprendre, connaissent leurs activités, leurs ressources et leurs savoir-faire. Vous devez être un support pour les aider et les accompagner à réaliser leurs projets.»

OLGA : « C´est fondamental de se renseigner à l´avance sur le pays, la structure et la mission dans laquelle vous allez vous engager. Cela vous permettra de vous projeter et de planifier votre mission. Néanmoins, une fois sur le terrain il faut adopter la posture du caméléon, apprendre à connaitre l´environnement où nous allons rester pendant les prochains mois, connaitre nos limites, nos préjugés et laisser l´expérience nous transformer. Avoir deux oreilles pour bien écouter et une seule bouche pour parler. »