De l’Inde au Myanmar : parcours d’un engagement avec LP4Y

Témoignage de Lilas Verron, Service Civique puis VSI avec La Guilde pour Life Project 4 Youth

Avec Véolia

Un article de Lucille Caron, chargée de mission VSI


LP4Y est un partenaire récent de La Guilde, mais dont les activités de coaching et d’accompagnement pour l’insertion sociale et professionnelle de Jeunes en situation de grande exclusion se développement rapidement en Asie. Lilas a pu prendre part à ce développement : elle a commencé par un Service Civique avec La Guilde en tant que coach, et va maintenant ouvrir un nouveau programme LP4Y au Myanmar.

Pourrais-tu nous partager ton parcours, et nous expliquer comment tu en es venue à t’engager en VSI avec LP4Y ?

Après une prépa scientifique, j’ai fait l’EDHEC, une école de commerce à Lille. Lors de mes études, j’ai découvert l’engagement associatif et cela m’a beaucoup plu de mener à bien de vrais projets, de manière professionnelle mais dans un cadre différent.

Lors des mes deux dernières années d’études, j’ai fait un apprentissage qui m’a permis d’acquérir plus d’expérience professionnelle qu’un master classique : un an en Communication & Marketing chez Ingenico, une grande entreprise familiale française, puis un an chez Lydia, une startup dynamique.

Ensuite, j’ai décroché un CDI chez Theodo, une entreprise proposant un parcours “d’apprenti CEO” ou l’on se forme en continu, dans le domaine du développement web.

Au fil du temps, avec Pol, mon compagnon, nous avons nourri le projet d’aller travailler à l’étranger. Nous pensions tout d’abord au VIE, puis petit à petit nous avons changé d’avis. Nous avons souhaité nous engager pour un projet, d’une part afin de donner du sens à notre travail, et afin de découvrir réellement une nouvelle culture en y étant immergés.

Nous avons mis du temps à trouver une organisation qui nous correspondait car nous souhaitions trouver un projet dans lequel nous pourrions avoir le plus d’impact. La dimension professionnelle et entrepreneuriale de LP4Y nous a parfaitement convenu.

Lilas lors de la remise de diplômes du programme jeunesse en Inde

Quelles sont les actions menées par LP4Y et tes missions dans le cadre de ton VSI ?

Créé en 2009, Life Project 4 Youth a pour mission d’accompagner des Jeunes entre 17 et 24 ans en situation de grande précarité et frappés d’exclusion (Jeunes mamans, Jeunes des rues, handicapés, prisonniers, Jeunes déscolarisés etc…) dans leur intégration professionnelle et sociale .

Durant un cursus de 9 mois, les Jeunes suivent des cours d’anglais, d’informatique et de business, qu’ils mettent à profit en gérant une micro-activité économique. Celle-ci est une expérience positive du monde professionnel et peut prendre la forme de la gestion d’un café, ventes de lunettes à prix abordables, formation digitale pour les femmes de bidonvilles. L’objectif est d’œuvrer à leur intégration dans un monde professionnel décent et les amener à construire confiance en eux et autonomie.

J’ai d’abord effectué un service civique au sein de LP4Y, et je suis maintenant en VSI pour ma deuxième année.

Les 6 premiers mois, j’étais coach d’une équipe de 17 Jeunes dans un des centres LP4Y à Delhi en Inde. Je travaillais avec eux sur leur projet de vie, et les accompagnais dans leur chemin vers l’intégration professionnelle. La mission de coach demande beaucoup d’organisation car elle est très polyvalente. Nos missions consistent à coacher les Jeunes individuellement et en équipe, donner des trainings (anglais, informatique, communication professionnelle), développer des partenariats, aider les Jeunes à gérer un micro-business et bien sûr gérer le budget du programme.

Cette mission est très riche sur le plan humain, et l’on voit au quotidien l’impact de son engagement ce qui est vraiment motivant.

Les 6 mois suivants on m’a confié la mission de Project Leader Partnerships and Pedagogy, pour accompagner les coachs sur ces deux sujets. Former les coachs, créer des outils, prendre du recul pour trouver des pistes d’amélioration… Cette mission au sein de l’équipe de coordination m’a permis d’avoir une vision d’ensemble de l’action de LP4Y.

Aujourd’hui, je suis avec Pol en Birmanie pour un an, afin de monter une nouvelle branche de LP4Y dans ce pays. Tout est à créer ici, à la fois en s’adaptant au contexte local mais aussi en s’appuyant sur les dix ans d’expérience de LP4Y. C’est un nouveau et passionnant défi ! Je peux compter sur le soutien de Jean-Marc Delaporte, co-fondateur de l’association qui a suivi les ouvertures des 5 premiers pays dans lesquels nous sommes implantés.

Comment se passe ton intégration en Birmanie ? Quels sont les aspects interculturels à prendre en compte, notamment suite à ton départ de l’Inde ?

Avec LP4Y, nous sommes logés dans les communautés avec lesquelles nous travaillons.

Selfie à l’indienne !

Ainsi, nous sommes pleinement immergés dans la culture du pays et pouvons mieux comprendre la situation de ces Jeunes. J’ai adoré la vie en Inde, notre rue où nous connaissions la plupart des commerçants, notre propriétaire… Il y avait une bienveillance, nous sentions qu’ils veillaient sur nous.

Au Myanmar depuis quelques semaines, j’ai un peu plus de mal à communiquer avec les gens, surtout après un an passé en Inde où j’étais plutôt rodée : accent, les mots indispensables en Hindi, utilisation du bon synonyme…

Ici il me faut tout réapprendre !

Pour l’instant j’ai du mal à prononcer mon quartier, South Okkalapa, de manière à me faire comprendre. Essayez vous-même avec l’accent local : « saow Okk’lapa »

Mais LP4Y nous permet de prendre des cours de langue donc je serai rapidement autonome.

Je fais attention à respecter les différences culturelles, lorsque je les connais, pour me comporter aussi poliment que possible ! Par exemple, j’adapte ma façon de m’habiller, et je m’efforce de ne pas faire perdre la face à mon interlocuteur.

Cette expérience demande parfois de la patience : pour obtenir des visas je me suis confrontée à la bureaucratie locale, ou encore j’entendais pendant des heures des sons bombardés au micro par des camions ou des temples.

Au global, ces différences sont réellement enrichissantes car elles me montrent de nouvelles façons de voir les choses.

Séminaire LP4Y

Tu es arrivée il y a quelques mois à Yangon, mais pourrais-tu nous partager ta vision du pays ?

Je suis arrivée il y a trop peu de temps au Myanmar pour avoir une vision globale du pays, mais malgré tout je vois déjà des différences, notamment avec l’Inde.

Il y a ici une majorité bouddhiste, avec à Yangon beaucoup d’églises, de temples hindous et de mosquées, ainsi qu’une synagogue ! C’est surprenant et positif de voir toutes ces religions cohabiter ici, alors que cela pose problème dans d’autres parties du pays.

Les birmans sont plus réservés que les indiens, mais réellement prévenants et généreux.

Carte du Myanmar

Le pays est à notre échelle, avec une population et un territoire comparables à la France. Cela marque une réelle différence avec l’Inde, où il est très difficile de se retrouver seul quelque part tant la densité de population est importante !

Au niveau des infrastructures, je vois que les mêmes problèmes qu’en Inde subsistent : pas d’eau courante, coupures d’électricité et inondations lors de la mousson. Mais la situation s’est apparemment nettement améliorée dans les cinq dernières années donc je suis vraiment optimiste pour ce pays.

 

Quelles sont les différences entre la réalité de la vie sur place et tes attentes vis-à-vis de l’expatriation ?

Mes attentes étaient de partir à l’étranger pour découvrir de nouvelles cultures, sortir de ma zone de confort pour apprendre de nouvelles choses. Je n’ai pas été déçue, bien au contraire ! Je n’avais pas non plus d’attentes très précises, par exemple j’avais postulé à LP4Y et pouvait donc être envoyée dans 4 pays différents, pour une mission qui me serait attribuée en fonction des besoins.

Pour l’anecdote, en rentrant en France après plusieurs mois de mission j’ai pu réellement apprécier des choses auxquelles je n’avais jamais pensé auparavant, les considérant comme “acquises” : avoir de l’eau potable directement au robinet, la priorité en tant que piéton, des habitations à l’isolation et aux finitions parfaites… Cela fait partie des joies du retour !

 

Sais-tu déjà ce que tu souhaites faire à ton retour en France ?

Je ne sais pas exactement quel poste / entreprise / projet je rejoindrai, je ferai des recherches à mon retour ! Je ne souhaite pas me ré-orienter dans le domaine de l’humanitaire, mais plutôt rejoindre une entreprise qui me permettra de continuer à progresser et de participer à un projet qui a du sens.

Mon expérience en Service civique / VSI m’a permis d’approfondir des compétences comme le leadership, l’adaptabilité, l’endurance, la prise de décision et enfin, déterminant pour s’intégrer dans une toute autre culture, la communication non verbale !

Je pense que me confronter à une réalité complètement différente m’a permis de progresser plus rapidement sur ces points, tout simplement pour m’adapter à ce nouvel environnement.

Stand de l’équipe

Sur le plan personnel, cette expérience est immensément riche au niveau humain. Je ne parviens pas encore à avoir assez de recul sur ce point pour l’expliquer très clairement mais, par rapport à ce que j’avais vécu auparavant, j’ai fait des rencontres très touchantes, marquantes. Les valeurs d’accueil, de partage et de résilience prennent un autre sens pour moi grâce à cette expérience.

Des conseils pour les futurs volontaires ? Un mot pour celles et ceux qui hésitent à partir ?

Pour moi, il ne faut pas hésiter à se lancer dans l’aventure au moment où on y pense ! Avant d’avoir plus d’attaches, de contraintes qui rendront le départ plus complexe à envisager.

Avant le départ, ne pas trop écouter les réserves de vos proches ! Votre entourage ne se gardera sûrement pas de vous partager leurs inquiétudes, notamment sur les éventuels problèmes de sécurité sur le lieu de mission. Mais il faut garder en tête que La Guilde et l’organisation d’envoi seront là pour vous donner tous les conseils de sécurité nécessaires à votre mission.

Il n’est pas toujours aisé de faire comprendre à nos proches ce que l’on vit sur le terrain. Conditions de vie, difficultés, joies de la mission… Un bon moyen de les inclure, de les ouvrir à cette expérience est donc de les inciter à venir vous rendre visite, même le temps de quelques jours !

De même, je pense qu’il faut se préparer au retour : ne pas s’attendre à ce que tout le monde soit prêt à échanger sur notre expérience, même si on a l’impression d’avoir vécu une expérience extra-ordinaire.

L’équipe au complet

Visitez le site internet de LP4Y : https://www.lp4y.fr/