Grains de carotte

Caroline, semeuse, de retour de Mission Courte au Bénin

Un article de Elodie Arrault, coordinatrice Pôle Missions Courtes


 

 » Ça, c’est la taille des semences de carottes qu’il fallait disposer une par une ! Autant vous dire qu’au début je mettais beaucoup plus de temps que les ouvriers béninois du centre !  »

Caroline, de retour du Bénin chez notre partenaire Centre Damien de Molokai, nous livre son expérience :

Quelles ont été tes motivations à partir en mission ?

Je souhaitais me rendre utile à un projet solidaire dans un contexte inconnu, dépaysant. J’avais envie de participer à une aventure humaine. Je ressentais le besoin de contribuer à titre bénévole à un projet.

 

Quelles étaient tes attentes ? Du point de vue personnel et/ou professionnel ?

D’un point de vue professionnel, je souhaitais entreprendre une nouvelle expérience n’ayant pas de lien direct avec ma formation juridique. J’avais envie de m’extraire de ma zone de confort en participant à des tâches concrètes pour lesquelles je n’avais pas forcément d’expertise, d’expérience.

D’un point de vue plus personnel, je souhaitais participer à un projet solidaire, je souhaitais faire la rencontre de personnes d’horizons différents, je souhaitais expérimenter l’interculturalité. J’avais également le besoin d’aller à la découverte d’un nouvel environnement.

 

Pour quelle(s) raison(s) as-tu sélectionné cette mission ?

J’ai sélectionné cette mission car le projet de la structure d’allier une dimension pédagogique et environnementale me parlait. La mission répondait à mon goût pour la nature ainsi qu’à des préoccupations liées au développement d’une alimentation saine et protectrice de l’environnement.

 

Comment t’es-tu préparée à ce départ ? (Recherche personnelle sur le pays d’accueil, affaires que tu as amenées dans ta valise, visa, vaccins, etc.)

Pour me préparer au départ, j’ai lu des articles de presse et regardé des reportages sur le Bénin. Je me suis également servie des documents que la Guilde met à disposition pour prendre connaissance des impératifs de santé et de visa à prendre en compte. J’avais aussi bénéficié d’informations plus particulières sur les conditions de vie au centre par la Cité Damien. Ceci étant, en faisant ma valise j’étais encore perplexe sur ce qu’il fallait prendre notamment en matière vestimentaire.

Par exemple, j’avais cru comprendre qu’au Bénin, il est impudique de montrer ses jambes au dessus des cuisses (comme cela est le cas avec beaucoup de shorts à la mode occidentale), or j’étais amenée à travailler des après-midi entières sous 35 degrés dans un potager, finalement j’avais quand même prévu deux shorts qui m’ont servis au potager tout mon séjour car les ouvriers sur place étaient habitués aux volontaires occidentaux. Pour autant, chaque fois que je quittais la structure, je couvrais mes jambes jusqu’au genou au moins, pour me conformer à cette coutume.

 

Ton aventure bénévole / Ta mission

 

Comment s’est passée ton arrivée ?

A l’arrivée, j’ai immédiatement été accueillie à l’aéroport par la directrice de la structure, Domitille, qui nous a reçu chez elle, moi et une autre volontaire courte durée de la Guilde, la première nuit avant de nous conduire à la coté Damien. Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit-là car la chaleur et la présence de moustique m’ont perturbée, sans compter un gros orage inhabituel pour cette période de l’année ! Le lendemain, nous nous sommes rendues à la cité où tous les volontaires vivent. Là-bas, la directrice nous a présenté la structure, les lieux, le fonctionnement et les autres volontaires et personnes qui travaillent au centre.

 

Peux-tu décrire ton environnement personnel (logement, hygiène, transport, sécurité) ?

J’ai eu le sentiment d’être en toute sécurité pendant toute mon expérience au Bénin, sauf lorsque je me déplaçais en taxi-motos qu’on appelle « zems ». C’est grâce à ces zem que nous pouvions nous déplacer plus loin que les alentours de la structure, pour aller à la capitale économique, Cotonou, notamment. Les zems sont très nombreux et la circulation peut être dangereuse.

S’agissant du logement, la cité Damien étant un espace fermé et surveillé par un gardien, je ne m’y sentais absolument pas en danger. Nous étions logés dans des maisons en dur, par chambre de une ou deux personnes. Au début, je logeais dans une chambre sans électricité, mais étonnamment ça ne m’a pas gênée car je ne l’occupais que pour y dormir et après les belles journées au potager, je m’endormais sans difficultés !

En terme d’hygiène, nous avions une douche classique, simplement la douche se prend froide, mais il fait si chaud que ce n’est pas du tout gênant et il y avait parfois des coupures d’eau. L’eau étant précieuse, il fallait être raisonnable quant à son utilisation.

 

Décris ta structure d’accueil et les actions que tu as entrepris (durée, pays, public bénéficiaire, etc.).

La cité Damien est un lieu réellement esthétique, beau. Les bâtiments de la bibliothèque et de l’école ainsi que l’auberge qui y ont été réalisés sont architecturalement très beau. Le jardin qui entoure ces espaces est un véritable havre de paix, luxuriant et bien aménagé, où résonne le chant incessant des oiseaux. Il y a également une paroisse en plein jardin, qui consiste en des bancs placés sous de grands arbres. Par ailleurs les parcelles du potager sont bien agencées et le tout forme vraiment un environnement féerique.

Pendant les deux mois où j’étais en mission à la cité Damien, j’aidais au potager. Les tâches sont diversifiées, elles peuvent aller du simple désherbage à la réalisation de planches, c’est à dire de surface cultivées selon les principes de la permaculture. J’ai pu aider à tous les stades du maraîchage de la pépinière à la cueillette des fruits et légumes, après avoir semé, amendé la terre, paillé, repiqué certains pieds etc. J’étais amenée à effectuer l’arrosage à l’arrosoir chaque soir pendant une heure au coucher du soleil et parfois le matin à l’aube, ces instants bien que physiques restent gravés dans ma mémoire comme des moments de sérénité rares.

Quelles étaient tes tâches ? Ont-elles évolué durant ta mission ?
Y-a-t-il eu un décalage entre le descriptif de la mission et la réalité ?

Progressivement, j’ai été de plus en plus autonome sur certaines tâches tandis que d’autres étaient réalisés « en équipe » avec les autres volontaires ou ouvriers du potager tout au long de la mission. Les tâches au potager n’ont pas vraiment évolué dans la mesure où elles étaient variées dès le départ. Mais c’est diverses tâches se répètent, elles sont cycliques. Ces tâches correspondaient parfaitement au descriptif de la mission.

Pour autant, si au début, je réalisais uniquement des tâches dans le potager, j’ai ensuite été amenée à aider à la Bibliothèque pour mon plus grand plaisir pendant mon deuxième mois. En effet, cela m’a permis d’alterner avec les activités du potager. J’avais été briefée par Muriel, la volontaire bibliothécaire venue pour cette mission que j’avais côtoyée pendant mon premier mois de mission. J’ai alors entrepris de continuer les missions d’enregistrement et de couverture des livres qui avaient été commencées. Je ne savais pas, avant de partir, que je serais amenée à faire cela mais j’en étais très contente.

 

Décris les liens que tu as eus avec l’association (suivi avec le responsable sur place, présence d’autres bénévoles, etc.)

La directrice de la structure Domitille prenait régulièrement le petit déjeuner, le déjeuner et parfois le dîner avec nous, les bénévoles. Domitille nous suivait dans nos activité au centre et nous planifiait la semaine ce qui était très sécurisant et efficace.

La mission au potager me permettait également d’être en lien avec les ouvriers béninois du potager.

Nous avions aussi des contacts avec le père Serge qui est le frère du fondateur de l’association, il nous a emmené dans les villages qu’il connaît bien.

Nous étions également en lien avec les volontaires en service civique, et en VSI.

Je passais le temps en dehors de la mission quotidienne avec d’autres bénévoles venus par La Guilde ou non.

 

Quelles ont été tes découvertes sur le pays dans lequel tu as été en mission ?

J’ai découvert la place que prenait la foi dans la mentalité béninoise. J’ai également découvert l’importance qu’on les marques de salutations au Bénin, et plus généralement les formules de politesse type « bonne assise » ou « bon travail » qui font réellement partie du quotidien des béninois. J’ai enfin pu constater la place du sourire et de la joie dans leur quotidien contrairement à la culture occidentale.

C’est l’existence d’un Bénin aisé en opposition totale avec le Bénin plus pauvre qui m’ont surtout marquée. En l’absence de services publics (écoles publiques de qualité, transports publics, services publics de santé efficaces) on a l’impression qu’il est difficile de passer d’un milieu à un autre.

 

Tes ressentis ?

Peux tu nous parler d’un événement, d’une situation, qui t’a particulièrement touché/marqué ?

J’ai été touchée par une petite fille sur une plage. Elle était faisait partie d’un groupe de copains qui jouaient sur la plage avec moi et quand je leur ai demandé leurs âges, leurs prénoms, ils ont tous répondu en précisant leur classe (CE1 ou CM1 par exemple) et elle aussi. Sauf qu’ensuite ses camarades se sont moqués d’elle car elle avait menti. Elle n’allait pas à l’école, elle aidait sa mère dans son métier de couturière. Malheureusement, pour beaucoup de filles du Bénin il est encore difficile d’accéder à d’autres métiers que coiffeuse ou couturière en raison de leur déscolarisation à la fin du collège ou de leur absence de scolarisation pour certaines.

 

Qu’as-tu découvert sur toi-même durant cette expérience ?

J’ai découvert ma capacité à m’adapter à un environnement nouveau, à avoir des discussions avec des personnes d’horizons différents du mien et ma capacité à m’attacher sincèrement à eux. J’ai découvert que je pouvais me sentir chez moi, sereine et utile, dans un univers complètement différent de ce que je connais.

 

Quelles ont été tes difficultés ? Tes déceptions ?

J’ai été déçue par certains échanges qui m’ont paru basés sur une conception misogynes des rapports hommes-femmes et par le rapport à l’argent qui malheureusement pervertit les rapports humains dans certaines situations.

 

Et après…

Quelles sont les compétences, selon toi, que tu as développées et que tu pourras mettre à disposition dans ta vie universitaire et/ou professionnelle ?

Je pense avoir ouvert mes horizons et avoir travaillé un peu sur ma zone de confort ce qui aide toujours à dépasser certaines situations professionnelles. Je pense aussi avoir développé certaines compétences relationnelles qui pourront m’aider demain à m’intégrer dans un environnement professionnel qui me serait inconnu et à me lancer plus facilement dans des missions pour lesquelles je n’ai pas d’expérience ou d’expertise a priori.

 

Aujourd’hui, comment définirais-tu l’engagement et la solidarité ?

L’engagement me semble être la détermination que l’on a en tant qu’individu et que groupe à entreprendre une ou des actions qui correspondent à des valeurs.

La solidarité consisterait à partager de manière tolérante et bienveillante avec autrui du temps ou bien des moyens (matériels ou financiers).

 

Que conseillerais-tu aux futurs volontaires ? (état d’esprit à adopter, conseils pratiques sur les lieux de vie, sur les conditions de sécurité, sur le pays, ….)

Je conseillerais aux volontaires d’être observateurs et attentifs sur leur environnement pour pouvoir s’intégrer au mieux. Etre dans état d’esprit joyeux, positif, souriant aide à se sortir de beaucoup de situations de malentendus et de mieux vivre les négociations d’argent. Le fait d’être sincère et dans un rapport horizontal avec les gens aide vraiment à les connaître et à éviter de rester dans la catégorie « yovo étranger ».

Sinon d’un point de vue pratique je dirais le port impératif du casque et de chaussures fermées sur les zems, ne pas hésiter à leur dire de ralentir : « dédé ».

 

 MERCI BEAUCOUP CAROLINE pour ton témoignage qui éclairera sûrement les futurs bénévoles, et les rassurera quant au craintes liés au contexte sécuritaire actuel. Tu as parfaitement utilisé la « stratégie d’acceptation « .

La mission s’effectue à proximité de Cotonou, au Sud du Bénin, en zone jaune. Les bénévoles sont tous inscrits sur le fil d’Ariane, et répertoriés chez France Volontaires.

 

Merci au Centre Damien de Molokai, partenaire de la Guilde sur tous les pôles du Volontariat (Service Civique, VSI et Missions Courtes). RDV le 8 juin pour la Foulée Béninoise  :

 » C’est reparti pour la sortie des baskets ! Pour la sixième fois, le Centre Damien de Molokaï vous invite à participer à sa foulée béninoise !

Il s’agit de notre grande course annuelle dont la totalité des recettes sert à financer les activités du Centre. Objectif : récolter 20 000€ pour ouvrir deux nouvelles classes à la rentrée 2019 !
Venez donc courir avec nous le samedi 8 juin 2019 et/ou soutenez nos vaillants coureurs !

La course sera suivie par un pique-nique ouvert aux amis ; venez avec les enfants !  »

 

Porteuse du projet Sport & Développement, la Guilde ne peut qu’encourager !