Axel, VSI en appui pour la gestion et le traitement des déchets sur la petite île de Mohéli

Le défi ? 400t de déchets déversés chaque jour sur une île de la taille de Marseille

Collecte des déchets à Nioumachoua © A.Jumelin

Un article de Lucille Caron, chargée de mission communication et VSI


Chaque année du 16 au 24 novembre a lieu la semaine européenne de la réduction des déchets. La France s’y est engagée en mettant en place près de 7000 actions sur le territoire.

Dans les pays d’intervention des VSI, la problématique de la gestion des déchets est de plus en plus importante, et elle devient même cruciale dans le cas de l’île de Mohéli, située dans les Comores et d’une taille presque 30 fois plus petite que la Corse !

Depuis 2006 l’association 2 Mains travaille pour la réduction des déchets et leur revalorisation sur les îles des Comores, entre Madagascar et le continent africain.

Axel est VSI, engagé en mission VSI depuis plus d’un an avec La Guilde et 2 Mains. A l’occasion de cette semaine spéciale, il nous parle de son travail en faveur de l’environnement et de l’autonomisation des villages insulaires pour la gestion des déchets, mais également de la particularité de sa mission, souvent méconnue des volontaires à partir en VSI : la spécificité de l’insularité pour s’expatrier.

Axel au milieu de la faune des Comores © A.Jumelin

2 Mains tire son nom de sa manière de travailler : l’association est en collaboration avec les acteurs locaux pour mettre en place et pérenniser ses actions. C’est cela qui t’a attiré auprès de cette organisation ?

Oui, la méthodologie participative est au cœur même de la spécificité des actions de 2 Mains : les projets sont définis suite à une demande locale puis développés en partenariat, en mettant l’accent sur la mise en place et le renforcement des synergies locales. Les activités visent à rendre les communautés actrices de leur développement et s’inscrivent donc dans la durée. En promouvant une démarche de développement durable et solidaire dans les domaines de l’eau, des déchets et de l’agriculture, 2 Mains contribue à la protection de l’environnement et à l’amélioration durable des conditions de vie des populations.

C’est convaincu par cette méthodologie que je rejoins l’ONG courant 2018, alors âgé de 25ans et diplômé d’une Licence en Géographie et Aménagement du Territoire, ainsi que d’un Master en Gestion de Projets de Développement en Afrique.
Cet engagement dans une mission de VSI s’inscrit comme une suite logique à mes précédentes expériences professionnelles en Côte d’Ivoire, à Madagascar, au Mali ou encore en Tanzanie.

Initié aux enjeux environnementaux mais aussi aux problématiques des services essentiels, cette aventure m’ouvrait les portes d’un contexte culturel nouveau, et me permettait d’acquérir une expérience de la gestion des déchets et de diversifier mes compétences professionnelles, tant en termes de thématique que de méthodologie de travail.

Cérémonie lancement projet Wanani. © A.Jumelin

Ayant déjà pris goût au travail de terrain, à l’Afrique et au monde des ONG, cette opportunité répondait à mes attentes en termes de montée en compétence dans le domaine des déchets, tout en pouvant apporter une plus-value sur un outil tel que la cartographie. Le tout, au sein d’une association dont je partage les valeurs.

En quoi ta mission participe-t-elle directement à l’assainissement et à la réduction des déchets sur l’île ?

L’Union des Comores est un petit état insulaire en développement (PIED), composé de 3 îles principales, situées dans le Canal du Mozambique, entre l’Afrique de l’Est et Madagascar.
Le projet pour lequel je suis actuellement en VSI se propose d’intervenir sur l’ensemble de l’île de Mohéli, plus petite île du pays avec 290km2 (à titre de comparaison, à peine plus que la commune de Marseille) et 50 000 habitants, le tout divisé en 24 villes et villages.
À défaut d’une gestion publique, les déchets solides sont soit abandonnés dans l’espace public (routes, trottoirs, caniveaux, rivières, plages) soit incinérés à ciel ouvert par les ménages. Les préjudices de cette carence de gestion causés à la santé et à l’environnement sont méconnus ou largement sous-estimés par la population. L’île étant en passe de devenir une Réserve de Biosphère de l’UNESCO (fin 2019-début 2020), la problématique des déchets apparait donc comme l’une des priorités sur le territoire.

En tant que Chargé de Mission, et s’agissant d’une ouverture de poste, mon rôle est de mettre en place l’ensemble de ce projet et de ses activités, ainsi que de le suivre et l’évaluer avec l’appui de mes responsables au siège de l’ONG. Ledit projet s’appuie sur trois piliers :

  • La mise en place d’une collecte régulière et efficiente des déchets ménagers ;
  • Le traitement de ces déchets, et quand cela s’avère possible, leur valorisation ;
  • La mise en place d’une « éco-taxe » afin de rendre le projet autonome et pérenne.
Collecte des déchets Nioumachoua © A.Jumelin

Les tâches afin de mener à bien ce projet peuvent s’avérer être très variées et me permettent de faire énormément d’opérationnel : prospections, identification des acteurs locaux, rencontres officielles, créations de plans d’actions ainsi que d’outils de suivi et de gestion, rédaction d’études d’impacts environnementaux et de campagnes de sensibilisation, appui technique (plans de chantiers, choix des équipements, caractérisation), cartographie, logistique du projet, suivi-comptable et business plans des villes et villages, communication, suivi des ressources humaines, … j’occupe un poste couteau-suisse !

 

Comment s’organise 2 Mains pour mettre en place ce projet ambitieux ?

A ce jour, le projet est déjà fonctionnel dans 8 villes et villages de l’île de Mohéli. En effet 3 Centres de Traitements des Déchets Villageois (CTV) ont pu être construits, des poubelles publiques installées, et des véhicules mis à disposition par l’ONG circulent selon des plannings adaptés aux besoins de chacun des villages.

Au niveau des CTV les déchets sont ensuite triés. La majorité peut être compostée et seule une infime partie est incinérée via des équipements adaptés. L’aluminium et autres déchets non incinérables sont stockés sur des sites sécurisés.
Le tout fonctionne aujourd’hui notamment grâce à une prise de conscience née des sensibilisations, ainsi qu’à la mise en place d’une « éco-taxe » villageoise permettant de couvrir les frais de fonctionnement que sont les salaires, le carburant, la maintenance des véhicules…

À titre d’exemple, le village de Nioumachoua, au Sud de l’île, peuplé de 500 foyers (soit environ 2500 habitants), s’est vu remettre 48 poubelles publiques, 2 moto-bennes (adaptées aux faibles largueurs des ruelles) qui circulent 5 jours par semaine, et dispose d’un CTV qu’il pourra par la suite partager avec deux villages voisins. L’emploi de 5 personnes au village a d’ores et déjà permis de collecter et traiter entre 25 et 30 tonnes mensuellement.

Expérimentation système levage et vidage poubelles Nioumachoua © A.Jumelin

Et d’un point de vue plus personnel, comment vis-tu ton expatriation aux Comores, et sur une île de la taille de celle de Mohéli ?

Ce VSI n’est pas ma première expérience de l’expatriation, mais c’est la première fois que je partais en ayant pris si peu de temps pour m’informer sur mon pays d’accueil. Je partais donc sans attente ni apriori, laissant place à la découverte.

Sensibilisation Nioumachoua © A.Jumelin

L’île de Mohéli compte seulement une dizaine d’expatriés, et mon équipe de 2 Mains est composée de 3 mohéliens. De ce fait, la rencontre interculturelle est donc évidente et indispensable !

Au quotidien, cette rencontre s’accompagne de beaucoup de d’inconnus, de surprises, et de codes à déchiffrer. D’autant plus qu’à mes yeux la culture comorienne parait plus proche du Moyen-Orient que de l’Afrique, car le pays est à 100% musulman, ce que je n’avais jamais expérimenté.  La culture mohélienne s’avère jusque-là relativement difficile à appréhender, à cheval entre traditions et modernité : les boubous se mélangent aux maillots de clubs de foot anglais, les orchestres locaux partagent les tracklists avec des rappeurs francophones. Toutefois, la population comorienne ayant l’opportunité de voyager, que ce soit pour le commerce ou les études, l’ouverture d’esprit et la connaissance de l’extérieur surpassent l’entre soi insulaire, et je tente pour ma part de m’intégrer et respecter la culture locale, même si j’ai du mal à obtenir beaucoup d’explications sur les pratiques et coutumes. Par exemple, cette année j’ai pratiqué mon premier ramadan ! Pas moyen de passer à côté dans une si petite communauté.

 

J’ai la chance de vivre dans un village de taille modeste, ce qui facilite les rencontres. Ayant à travailler pour le compte de l’ONG dans ce village (bénéficiaire du projet pilote), je sens également que le regard des habitants et leur volonté à m’intégrer ont évolués positivement à mesure que les activités du projet se mettaient en place et se renforçaient. On est passé du simple « Assalamu alaykum » à l’invitation à déjeuner.
Ces rencontres avec les habitants du village ont donc été plus longues et difficiles à se faire, mais je dois avouer que je les trouve également moins superficielles que ce à quoi j’ai pu être confronté auparavant.

Point de vue sur l’île © A.Jumelin

Chaque expatriation est une nouvelle aventure, il est important de repartir de « zéro » et ne pas s’envoler en pensant qu’on « sait » comment se passe une telle expérience. Mais chacune de ces rencontres, qu’elle soit plus ou moins facile, plus ou moins réussie, reste une belle opportunité et vous changera. Je ne peux que vous conseiller de vous lancer dans l’aventure à votre tour !

Axel JUMELIN – Chargé de Mission Gestion Durable des Déchets, 2 Mains, Île de Mohéli, Comores

Plus d’informations sur l’association 2 Mains
Découvrez ici le programme de la semaine européenne de la réduction des déchets : SERD 2019 en France